Pour celles et ceux qui vivraient dans un monde sans séries TV, American Horror Story est une série créée par Brad Falchuk et Ryan Murphy (oui, le même que pour Scream Queens, Glee et Nip/Tuc). C’est une série d’anthologie, cela veut dire que chaque saison est indépendante et peut être traitée comme telle (même si les saisons sont reliées par certains personnages de temps à autres). La plupart du casting est conservé à chaque saison, avec de nouveaux rôles pour chaque acteur. De fait, je m’octroie une telle excentricité que j’ai décidé de vous parler directement de la saison 4, sobrement intitulée Freak Show. N’y voyez pas une paresse de ma part, mais plutôt une volonté de vous parler de ce qui est, pour le moment, ma saison préférée d’American Horror Story. Les autres saisons auront peut-être droit à leur article, après re-visionnage ou découverte, n’étant pas encore à jour dans la série.

Freak Show prend place en 1952, dans la paisible petite ville de Jupiter, en Floride. Une des dernières expositions d’êtres humains (ou freak show) s’installe en ville, en même temps qu’un mystérieux tueur menaçant la vie des habitants et des freaks. C’est l’histoire de ces freaks, et de leur tentative désespérée de survivre dans le monde agonisant des freaks shows.

American Horror Story fait partie de ces séries « incontournables », loin d’être parfaites, chacune de ses saisons apporte un ce petit quelque chose qui continue de fidéliser toujours plus d’adeptes autour de son concept. Lancer le débat de ce qui pourrait être la meilleure saison de la série est un bon exercice pour se rendre compte que American Horror Story passionne un grand nombre d’entre nous (et peut vous faire perdre des amis). Freak Show sonne comme un premier bilan, celui de Jessica Lange, icône de la série depuis le début ayant annoncé qu’elle ne serait pas dans la suivante. Elle joue ici le rôle d’Elsa Mars, propriétaire du cirque et mère spirituelle de chacun de ses artistes. Prête à tout pour réaliser son rêve à Hollywood, elle affiche de nombreux visages tout au long de la saison. Jessica Lange joue son rôle le plus tragique et de loin le plus complexe de ses quatre saisons dans la série. A la fois aimante, impitoyable, égoïste et attachante, elle capte à nouveau toute notre empathie et nous arrache le cœur à de nombreuses reprises. Ce n’est pas nouveau, Jessica Lange est mise au premier plan depuis la saison 2. Toutefois, son rôle dans Freak Show semble être le premier à véritablement justifier les feux des projecteurs. 

© FX

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Comme à chaque saison, les personnages secondaires sont nombreux et on a tendance à se perdre dans des storylines  alternatives moins intéressantes que d’autres (comme celle de Penny et de son père tyrannique). Freak Show possède néanmoins son lot de révélations, comme Finn Wittrock jouant le rôle de Dandy, l’antagoniste principal de la saison. Son charisme crève l’écran et son personnage propose un résumé parfait d’American Horror Story : glauque, sexy, dérangé, sadique et imprévisible. Il représente la donnée incertaine de la saison, ce petit truc en plus qui différencie chaque saison l’une de l’autre en faisant passer le premier antagoniste (le clown tueur) pour une triste parodie inutile qui disparait avec soulagement.

Mais venons-en à la véritable force de Freak Show, sa narration et son message. La plupart des critiques regrettent la présence d’un véritable enjeu au cours de la saison. L’histoire suit son cours, sans vraiment savoir où elle va. De mon côté, ce constat n’est pas si sombre. Freak Show rassemble des thèmes courants chez Ryan Murphy, les discriminations, la célébration de la différence et des difformités, la force d’une communauté et les dangers du monde. La saison met le cirque sous cloche et l’observe survivre aux menaces extérieures mais aussi intérieures chez ceux qui ne peuvent accepter leur différence. Freak Show apporte aussi son lot de prestations musicales, principalement interprétées par Jessica Lange dans des scènes incroyables et tragiques. Des chansons anachroniques, directement reliées au freaks (quelqu’un a-t-il dit Glee ?), qui renforcent la place de Freak Show comme une saison à part dans l’histoire d’American Horror Story

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Ainsi, le manque de réel enjeu n’est pas forcément un mal. L’atmosphère et les personnages de Freak Show semblent suffirent à faire de cette saison un moment unique. Même lors du (maintenant traditionnel) « coup de mou » de la mi-saison, les trois derniers épisodes rattrapent haut la main les erreurs passées en s’offrant même le luxe d’un nouveau personnage et de sa marionnette maléfiqueAmerican Horror Story a le mérite de s’offrir une véritable fin, loin du mélange des époques d’Asylum ou de l’happy-end à Poudlard de Coven. Freak Show se termine comme elle le devait, par un adieu probablement définitif et un épilogue aigre-doux.

Loin des excentricités et de la folie du « toujours plus » des anciennes saisons, Freak Show apporte une véritable alternative aux autres saisons qui tendaient à se répéter au fil du temps. Le concept d’une narration basée uniquement sur l’atmosphère et l’ambiance n’est bien sûr pas au gout de tout le monde. Et si toutes les saisons venaient à ressembler à Freak Show, le pari serait entièrement perdu. La saison apporte néanmoins sa dose de jouissance, et c’est à ce jour la seule ayant réussi à me toucher émotionnellement, en dehors du plaisir de découvrir un nouvel univers d’American Horror Story chaque année. Freak Show dépasse la notion de divertissement horrifique et impose la mémoire des anciennes œuvres de Ryan Murphy dans ce qu’elles ont de meilleur. Et c’est tout ce que je demandais depuis ma déception devant Asylum.

Note : 4,5/5