Mes récentes bonnes résolutions culturelles ne concernent pas uniquement les films et les séries. L’arrêt de l’université en 2014 a laissé place à une longue période de vide culturel. Mon manque de stimulation intellectuelle a joué au cercle vicieux en me retirant toute envie d’enrichissement cérébral. J’ai récemment décidé de me forcer un peu, de retourner au cinéma, de me remettre à écrire et, bien entendu, de me remettre à lire. Il faut avouer qu’il était difficile de passer derrière ma lecture du Vaisseau Ardent, et je pense que cette période de vide littéraire n’a pu être que bénéfique pour mon plaisir de lecteur. C’est ainsi que la semaine dernière j’ai renoué avec le rayon littérature, que je suis sorti avec deux romans, dont le premier sera décrit ici. Je vais parler de Corps désirable, court roman de Hubert Haddad, paru récemment chez l’excentrique édition Zulma.

Un célèbre neurochirurgien s’apprêterait à effectuer une greffe inouïe : transplanter la tête d’un homme sur le corps d’un autre… Journaliste engagé, en lutte ouverte contre les trusts pharmaceutiques et les mafias de la finance, Cédric Allyn-Weberson vit avec Lorna une passion entière, charnelle, amoureuse. Jusqu’au jour où il se trouve confronté à une violence radicale, celle de perdre accidentellement l’usage de son corps. Se met alors en branle une machine infernale.

Je ne suis pas encore familier de l’écriture de Hubber HaddadCorps désirable est un court roman à l’écriture fluide et sophistiquée. Ça se lit vite, c’est juste assez prenant pour tenir le nombre de pages donné, calibré pour une rentrée littéraire efficace. Si en temps normal j’aurais quelque peu pesté sur ce format, préférant en général les œuvres plus longues, c’était pour moi la manière idéale de me replonger dans la littérature, une sorte d’introduction à ce que j’espère être une période de ré-ouverture à la lecture.

Le roman s’étale sur plusieurs mois, les ellipses sont brusques et imposent un rythme effréné à l’image de l’enfer médical vécu par le protagoniste. En balayant le temps et l’espace, Corps désirable balaye les questions d’identité, d’éthique, de corps et d’âme. Par quel « organe » se définit une personne ? Jusqu’où la médecine peut-elle aller pour sauver une vie ? Le protagoniste possède déjà une double-identité, et occuper un corps ayant appartenu à une autre personne vient détruire les fondations de sa vie entière. Le désir de mettre fin à sa vie n’est rien face au besoin de survie, mais pour quelle raison ?

Le roman pose de nombreuses questions, sans jamais donner de réponse. La fin, rapide et fortuite, n’a pas parvenu à me satisfaire. Pourtant le roman est comme habité par ses propres questionnements qui restent, inlassablement, en tête après la fermeture du livre. J’aurais apprécié une histoire plus longue, certains passages méritaient un réel approfondissement. Je pourrais parler des heures du rapport au corps en prenant le roman comme base, on est toutefois en présence d’un strict minimum, efficace et concis. Corps désirable est loin d’être mauvais, au contraire, mais son format et sa concision en font un roman vite décrit, vite rangé.

Note : 3/5