Je ne suis pas un grand fan des fresques biographiques. Danish Girl m’a tout de même attiré l’œil par sa bande annonce, ses acteurs que je ne connaissais pas et par son histoire. C’est à l’occasion d’une sortie groupée que j’ai donc découvert le film de Tom Hooper. J’étais préparé à ce que j’allais voir, je me suis détaché de toute la polémique entourant le choix d’un acteur non-trans* pour jouer le rôle principal, je ne vais pas au cinéma par acte militant, mais par passion. La salle bondée aurait pu me mettre la puce à l’oreille sur le type de film que j’allais voir, mais mon expérience dans les « faux » films grand-publics m’a convaincu de passer le pas. Petit avertissement, ne soyez pas estomaqués devant le synopsis officiel ci-dessous, ridicule et réducteur de l’histoire.

The Danish Girl retrace la remarquable histoire d’amour de Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, l’artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Le mariage et le travail de Lili et Gerda évoluent alors qu’ils s’embarquent sur les territoires encore inconnus du transgenre.

Danish Girl s’ouvre et se ferme sur des plans magnifiques du Danemark. S’il y a une chose qu’on ne peut pas enlever au film, c’est sa photographie et sa mise en scène qui flattent l’œil à chaque seconde. Les acteurs sont beaux, les décors sont splendides, certains plans sont à couper le souffle. Ce qui vaut pour les passages au Danemark n’est toutefois pas du même niveau une fois les protagonistes à Paris, où l’action est centrée sur des scènes intérieures moins fouillées que l’autre partie du film. Les acteurs sont là pour (littéralement) sauver les meubles en occupant le champ avec une aisance presque désinvolte. Eddie Redmayne et Alicia Vikander jouent respectivement les rôle de Lili/Einar et Gerda Wegener. Leur jeu à l’écran est proche de la perfection, il n’y a rien de plus beau au cinéma que de voir des acteurs prendre plaisir à jouer leur rôle, c’est ici le cas.

© Universal Pictures

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Le premier problème vient du manque d’équilibre entre les deux acteurs. Force est de constater que Alicia Vikander transcende l’écran avec une palette d’émotions presque illimitée, Eddie Redmayne joue son rôle dans la réserve et l’hésitation, à l’image de son personnage. Ce qui est justifié par les rôles joués a un contrecoup évident sur l’équilibre du film. On vient à ressentir un malaise quand notre empathie se dirige beaucoup plus sur le personnage de Gerda que sur Lili/Einar, résultat d’une plus forte occupation d’espace à l’écran et d’une direction d’acteurs finalement plus riche d’un côté que de l’autre. J’émets une réserve, je n’affirme pas qu’Alicia Vikander est une meilleure actrice qu’Eddie Redmayne, mais bien que la construction des rôles et la direction d’acteurs du réalisateur mettent évidemment la prestation d’Alicia en avant.

L’empathie, parlons-en. Je suis connu pour avoir une grande sensibilité aux images qui me sont envoyées. Si le réalisateur veut faire une scène larmoyante, je fonds en larmes, etc. Force est de constater qu’ici l’émotion est sans cesse retenue. Est-ce le résultat d’une mauvaise mise en scène ? Peut-être, la construction narrative paraît bancale. Les ellipses sont nombreuses, non indiquées et il est rapidement difficile de s’y retrouver dans la vie de Gerda et Lili/Einar. Si le procédé était voulu par le réalisateur, il indique pourtant le lieu et la date de l’action au début du film, comme une balle dans le pied d’une histoire impossible à suivre dans le fil des années suivantes. Le temps passe devant nos yeux, une année ? Un mois ? Impossible de le dire, surtout quand les cheveux des personnages ne commencent à pousser qu’à la fin du film alors que plusieurs années semblent déjà s’être écoulées. Le problème principal se situerait donc dans le scénario, mal construit et allusif.

© Universal Pictures

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Danish Girl est un film sur une métamorphose, celle d’Einar en Lili, la découverte d’une véritable identité que le corps enferme et meurtrit. Le scénario ne semble pas rendre justice à l’histoire psychique de ce changement, frileux sans doute de s’attaquer à un sujet sensible aujourd’hui, Danish Girl survole uniquement les problématiques extérieures et les effets sur l’entourage proche (par l’intermédiaire de Gerda). Heureusement, le film trouve sa beauté dans cet extérieur avec des personnages secondaires riches qui insufflent un vent de « normalité » à la transformation du protagoniste. Les remises en questions sont rares et balayées par l’évidence : celle du véritable genre de Lili. Encore une fois, il faut souligner que la mise en relief est faite au détriment de la prestation d’Eddie Redmayne.

Tout au long du film, je me suis accroché à la réalisation et la superbe mise en scène de Danish Girl. Force est de constater que la source de cet attachement était un scénario timide et mal construit. Tom Hooper signe un film beau mais frileux, la séquence d’homophobie à Paris n’est qu’une tentative désespérée de replacer le film dans un contexte presque actuel, sans avoir aucune utilité ou conséquence sur les personnages. Danish Girl est un film grand public, et par la même occasion : convenu. La mise en avant de tous les personnages en dehors de celui de Lili n’est sauvée que par l’amour avec lequel son personnage est filmé, comme une dernière tentative de créer de l’empathie pour un personnage délaissé par le scénario.

Note : 2,5/5