Depuis quelques années, je me suis écarté des productions basées sur des superhéros. La machine de guerre Marvel ne nous laisse plus de répit avec deux ou trois blockbusters par an, me laissant à peine le temps de lever nonchalamment les yeux sur une bande-annonce avant de retomber dans ma torpeur du moment. J’en ai parlé lors de mon (lointain) dernier article, j’ai regardé et terminé la première saison de Daredevil. Superhéros de l’univers Marvel, Daredevil est loin des cabrioles des Avengers et se rapproche plus d’un Batman et autres justiciers « sombres ». Première production du genre de la part de Netflix, je l’ai lancée par amour du motif du justicier masqué et par curiosité de voir si Netflix réussissait le pari de sauver l’image du héros gâchée par un certain film sorti il y a quelques années.

Aveugle depuis l’enfance mais doté de sens extraordinaires, Matt Murdock combat pour la justice le jour en tant qu’avocat. La nuit, il devient le super-héros Daredevil, justicier luttant contre l’injustice à New York.

On peux facilement découper la saison en deux parties, et ce dans le septième épisode. Autant vous gâcher la surprise dès le début, j’ai préféré radicalement la première partie à la deuxième. Dès le premier épisode, la série nous plonge dans une ville à la base classique à toute histoire de justicier : corrompue, contrôlée par une poignée d’hommes et de femmes puissants, à la criminalité explosant tous les records (sérieusement, on ne peut jamais marcher tranquillement et rentrer en sécurité après 18h, c’est presque agaçant). Là où Daredevil impressionne, c’est dans ses décors et le traitement apporté aux images. La nuit est tantôt jaune, rouge, verte, éclairée par ce qui pourrait s’apparenter à des néons. Non, nous n’avons jamais d’effets visuels censés nous montrer ce que le héros « voit », mais les décors ont cette finition irréelle qui nous entraine réellement dans une vision altérée de la ville.

C’est alors qu’on arrive au deuxième épisode et à LA scène qui m’a fait tenir jusqu’à la fin de la saison : le sauvetage de l’enfant détenu par la mafia russe. Pour ne pas vous gâcher la surprise je n’en parlerai que peu, je peux juste vous dire que c’est une de ces scènes audacieuses qui nous font nous demander pourquoi continuer d’aller au cinéma quand on voit les sensations que l’on peut ressentir au fond de son canapé. C’est un plan séquence d’une maîtrise incroyable, malheureusement unique dans tout le reste de la saison. Coup de maître vite oublié, ou coup de chance, à décider.

La deuxième partie de saison s’étend et s’allonge inutilement, comme pour tenter de rattraper un hypothétique trop plein d’action dans la première partie. Un seul épisode m’a réellement intéressé, car centré uniquement sur Wilson Fisk (le bad guy), sorte de tentative d’humanisation du Caïd pour dissiper nos certitudes quant à la morale de la série. Un personnage est même complètement dédié à ce flou : Vanessa, la compagne de Wilson Fisk. Cette deuxième partie de saison m’a amené à préférer les passages dédiés à Fisk au détriment du héros, pour me conduire peu à peu vers la déception finale. Lorsqu’on met côte à côte la série avec le schéma classique d’un film de superhéros, on se rend compte qu’elle couvrirait les vingt première minutes. La saison n’a pas de réelle fin au sens propre du terme, c’est le dénouement d’une longue introduction destinée… à quoi ? Le héros ne nous semble pas tellement changé, alors que tout autour de lui évolue. Non, cette introduction était-elle alors uniquement là pour mettre en avant l’arrivé du costume ?

Je ne peux m’empêcher de penser qu’il aurait été audacieux et fort de ne pas avoir droit au classique costume moulant lorsque le héros trouve son identité, de ne pas le pointer du doigt et le reconnaître en tant que Daredevil, mais en tant que simple justicier masqué, sans costume, sans identité, pendant encore quelques temps. Les intrigues développées ne suffisent pas à justifier cette prise de conscience, cette identité soudaine et évidente. Le dernier épisode nous laisse sur notre faim, mais pas une faim saine, celle d’attente pour la prochaine saison, une faim inutile, celle des promesses que la deuxième partie n’a pas su tenir.

Pour éviter d’enfoncer le clou, je tiens quand même à dire que Daredevil est une très bonne série, bien au dessus de ce que l’on peut voir dans le domaine des superhéros actuels. la déception des derniers épisodes n’a pas totalement dévoré mon engouement des premiers, et j’espère réellement être surpris par Netflix l’année prochaine. Le prochain rendez-vous super-héroïque est pour la fin d’année avec Jessica Jones, ce sera l’occasion de voir si Netflix confirme son talent pour adapter l’univers claquant et redondant de Marvel ou non.

Note : 3,5/5

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