Il y a maintenant sept mois, j’avais un mal fou à faire l’équilibre entre le positif et le négatif dans la première saison de Daredevil. Netflix frappait fort, nous proposant une première série Marvel de bonne qualité, mais dont les nombreuses maladresses et le sentiment d’inachevé assombrissaient le tableau soigné de Hell’s Kitchen. Un an plus tard, Daredevil revient pour une deuxième saison bien différente de la première. Finie l’introduction du justicier et de sa quête interminable pour trouver un costume à sa taille, la saison 2 entre directement dans le vif du sujet, et c’est tant mieux, la sortie de (l’excellente) Jessica Jones compliquant la donne et imposant à Daredevil les affres de la comparaison. Comme d’habitude Netflix a lancé sa série en grande pompe. À coups de teasers et de visuels clinquants, le roi de la com’ a très vite révélé les nouveaux visages de la saison bien connus des fans de Marvel : Elektra et le Punisher.

Après avoir arrêté le criminel Wilson Fisk et son organisation, celui qu’on appelle désormais Daredevil doit faire face à une plus grande menace, celle du Punisher, un homme en quête de justice pour les victimes, n’hésitant pas à utiliser des méthodes criminelles pour parvenir à ses fins. Dans le même temps, Matt voit revenir dans sa vie Elektra Natchios, une vieille connaissance…

Il est difficile de cacher sa déception devant les premiers épisodes. Daredevil tente le coup risqué du « on prend les mêmes et on recommence » avec une intrigue qui peine à se lancer devant nos pauvres yeux qui ne parviennent pas à retrouver leurs marques. De nombreuses scènes sont jouées maladroitement et la présentation du Punisher tourne presque au ridicule lors de la scène inconsciemment parodique des « méchants malfrats qui complotent pour reprendre la ville ». Les personnages secondaires ne sont pas en reste et semblent au départ forcés de prendre de la profondeur. Difficile de ne pas lever les yeux au ciel lors de la troisième tirade émouvante (et sortie de nul part) de Nelson en seulement trois épisodes. Pour couronner le tout, les réalisateurs nous proposent une redite flagrante avec un nouveau plan séquence à l’image de celui de la première saison, cette fois-ci entièrement raté avec des coupes si horribles qu’on s’en cacherait sous la table du salon. Les premiers épisodes nous font souffrir et le début d’une romance suivie étrangement par l’arrivée d’Elektra nous fait craindre le pire des vaudevilles.

Heureusement, les efforts pour continuer le visionnage de Daredevil ne seront pas vains. La série parvient miraculeusement à reprendre son souffle et à nous proposer un véritable intérêt pour son histoire. Les intrigues vont et viennent, elle se complexifient et proposent même plusieurs arcs distincts. L’histoire du Punisher, trop vite expédiée, retrouve de l’intérêt et questionne le spectateur. Elektra parvient à se détacher de l’image stéréotypée qu’elle dégage et à toucher notre attention. Karen et Nelson s’émancipent enfin et vivent pleinement à l’image des personnages secondaires de Jessica Jones. Cette deuxième saison fini par véritablement nous surprendre, après avoir presque réussi à nous faire tout arrêter lors des quatre premiers épisodes.

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Daredevil tire à nouveau sur la différence entre le bien et le mal. Les agissements du Punisher et d’Elektra et le code de Daredevil sont  constamment questionnés sans que se détache une réelle réponse. Les personnages dits « mauvais » sont justifiés dans leurs actes, sans être pardonnés. La vraie réussite de la série est de réussir à partager notre empathie entre tous les personnages, qu’ils soient considérés comme bons ou mauvais. À titre d’exemple, je crois ne pas avoir été plus content de la saison que lors des apparitions de Wilson Fisk, le « bad guy » de la première saison. Toutefois, ces attachements ont un prix. Je me retrouve à espérer d’autres séries centrées sur le Punisher ou Elektra, espérant les voir, eux aussi, courir les rues de Hell’s Kitchen sans la présence de Daredevil comme chaperon. Bien qu’il n’y ai que peu de chances que cela arrive, cela rapproche dangereusement Daredevil de son équivalent sur une autre chaîne : Arrow.

Les séries Marvel-Netflix comme Jessica Jones et Daredevil se situent dans le même univers. Les références sont d’ailleurs de plus en plus fréquentes et pas seulement par la présence de Claire Temple dans chaque série. Le problème vient de la position de plateforme de Daredevil dans cet univers. Daredevil n’est plus seul dans sa propre série, le Punisher et Elektra partagent avec lui la tête d’affiche. Dans les comics, ces mêmes personnages se croisent aussi régulièrement, tout en ayant eux-mêmes leur propre série affiliée. Mon appréhension est de voir les séries Marvel-Netflix se rapprocher dangereusement de leurs pendants cinématographiques. Et la dernière chose que l’on voudrait voir, c’est Daredevil se transformer en festival de supervirevoltants dans tous les sens pour combler un scénario vide et relancer un intérêt basé uniquement sur le fan-service (coucou Arrow).

© Netflix

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Mais n’enterrons pas trop vite Daredevil car la série n’a pas encore dévoilé toutes ses surprises. Cette saison voit l’arrivée (tout en douceur) du surnaturel dans la série. Une apparition, certes timide, mais qui donne un vrai second souffle à Daredevil surtout après Jessica Jones. De même, le héros voit enfin ses capacités limitées par son handicap et c’est une vraie nouveauté par rapport à la première saison où la seule difficulté était un ennemi avec une plus grande maîtrise des arts du combat. Cette saison est également beaucoup plus centrée sur l’action que la première, Daredevil apprend de ses erreurs et nous propose cette fois une succession d’épisodes beaucoup plus rythmée et brutale que précédemment. Les scènes d’actions sont à nouveau chorégraphiées avec soin et ne semblent jamais trop courtes ou trop longues. Les décors sont toujours aussi beaux malgré leur cruel manque d’originalité : le recyclage semble de mise et un vrai dépaysement se fait attendre (uniquement présent lors des scènes en prison). Malgré tout, la série est à nouveau traitée avec un grand soin et laisse un réel sentiment de soulagement une fois terminée. Daredevil retombe sur ses pattes et retrouve un réel intérêt pour ses personnages.

Daredevil semble encore être une série qui se cherche. Loin d’être parfaite, elle impose tout de même son univers et ses intrigues semblent de plus en plus intéressantes et originales. La malaise des premiers épisodes témoigne de problématiques communes à beaucoup de séries au bout de leur quatrième ou cinquième saison : la difficulté à renouveler l’histoire et à relancer l’intérêt un an après la saison précédente. Il est inquiétant de voir ce genre de problème aussi tôt dans la production d’une série, mais Daredevil a ainsi fait le choix de ne pas terminer son intrigue principale en une seule saison. La fin laisse énormément de questions en suspens et est définitivement ouverte vers l’avenir. Il nous reste à espérer que la série saura rebondir sur toutes les bonnes idées qui font, au final, de cette deuxième saison un renouvellement nécessaire de l’entourage du diable de Hell’s Kitchen.

Note : 3,5/5

Les autres saisons de Daredevil :