Depuis longtemps maintenant, je cultive mon envie d’écrire. Et cette envie cultive ma frustration depuis le début. Impossible pour moi de terminer le moindre projet, mon palmarès se limite à deux nouvelles (qui m’ont déplu rapidement après les avoir terminées) et à d’innombrables synopsis amputés. J’ai très souvent mis mon perfectionnisme et mon manque de confiance en moi sur le dos de mes échecs littéraires. Même ce blog, qui autrefois me stimulait et me rendait fier, me fait honte aujourd’hui par la pauvreté de ses articles. Aujourd’hui je mets le doigt sur plusieurs points, dans le but hasardeux d’exorciser la plupart de mes peurs et de mes blocages quant à l’écriture. Et qui sait ? Peut-être que mon récent projet aboutira enfin à quelque chose de concret.

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Je peux être touché par de nombreuses histoires, par des procédés variés dans tout genre confondu, mais seulement lorsque l’œuvre arrivera à m’atteindre, à empoigner ma trachée pour me secouer tout entier. Je n’apprécierais vraiment une œuvre qu’au moment où je m’approprierais ses émotions. La force de ces dernières devra me tourmenter, bien après la fin de l’œuvre. Je suis un garçon passionné et chaque objet qui arrivera à me remuer m’obsèdera pendant des jours, voire des mois. Il est donc évident que je recherche à produire la même chose dans ce que j’écris. Mais l’auteur peut-il être vraiment remué de cette manière par sa propre œuvre ?
Je m’accroche à ces œuvres dont la grandeur de leurs émotions n’a d’égal que la force de leurs images. Je me nourris d’utilisations extrêmes des corps, des tripes, des fluides, autant que celles de l’esprit. C’est pourquoi je refuse, dans une œuvre artistique, de préserver ces barrières entre l’esprit et la réalité.

Quand l’intérieur influe sur l’extérieur, quand l’esprit modifie la perception du réel ou quand l’extérieur devient une fenêtre de l’état d’esprit du protagoniste, ce sont ces moments que je cherche à recréer constamment, entraînant déception et abandon. Mon principal soucis devient alors ma passion pour le cinéma. Toutes ces images, ces motifs que j’adore, ce sont autant de freins à la création de quelque chose de nouveau. Impossible pour moi de m’extraire de mon imaginaire afin de rendre une image, un son, ou une émotion palpable pour tout autre lecteur que moi. Si une œuvre extérieure me touche jusqu’aux tripes, c’est de mes tripes que vont provenir mes écrits. Difficile alors de transmettre aux autres, en rendant un texte trop personnel ou simplement en ne réussissant pas à décrire ce que j’imagine. Cette dernière raison étant un de mes plus gros problèmes.

Un autre des procédés que j’affectionne me vient tout droit des séries-télé. Ayant quitté les bancs de la fac de Lettres depuis longtemps, je lui donnerai simplement le nom de loupe. J’ai toujours voulu créer de cette manière : décrire un panel de personnages, leur caractère, leurs envies, leurs relations ; les placer dans un environnement précis, idéalement fermé (huis-clos) ; lancer un ou plusieurs événements puis imaginer leurs réactions. Se placer au dessus d’une boite où tous ces personnages seraient en proie à un événement particulier et observer, à la loupe, voila un travail qui m’inspire. Seulement, comme pour le paragraphe précédent, je ne parviens pas à m’extérioriser, à rentrer dans mes personnages pour leur donner vie. Ils restent inertes, convenus, sans âme.

Le titre de cet article n’a pas été choisi au hasard. Mon projet récent porte à moitié sur un huis-clos à la fois interne et externe. Un personnage y est enfermé dans un lieu unique, tout comme dans son esprit. Les jours se succèdent et mon humeur alterne entre une motivation passionnée et un pessimisme qui m’approche de l’abandon. Mon pessimisme vient en grande partie de mon pragmatisme face à la difficulté de la tache, en connaissance de mes difficultés. Je n’ai pas encore tout à fait perdu espoir, je continue de griffonner mes idées et mes développements sur mon petit carnet, mais rien n’indique encore que ce projet peut aboutir à quelque chose. Pour cela il me faudra surmonter mes blocages, dévier mes impasses et réussir à créer quelque chose de fort, une œuvre qui réussira à transmettre ce qui reste muet dans mon imaginaire, un instrument de l’esprit dont je ne serai plus le seul manipulateur.

Photo de Paul Marguerite (Flickr)