J’ai récemment décidé d’ouvrir mon blog à d’autres passions. Fatigué de me confronter éternellement à des règles idiotes que je m’impose moi-même, il est temps que je partage mon obsession pour un autre sujet qui me tient à cœur : le jeu vidéo. Passionné depuis tout petit par les univers interactifs, il m’est naturel de les faire débarquer entre ces lignes aux côtés des films et des séries. La transition n’est pour autant pas si simple. Il m’a fallu du temps pour réussir à pondre la moindre ligne et la publication de nouveaux articles en a longtemps fait les frais. J’ai donc décidé de commencer en douceur avec Life is strange, un jeu vidéo épisodique développé par DONTNOD Entertainment et édité par Square-Enix. Un jeu vidéo, une série, de quoi opérer la nouveauté en douceur avec un jeu qui, je pense, devrait être vécu par le plus grand nombre.

Vous incarnez Max, une étudiante en photographie, qui découvre, en sauvant la vie de son amie d’enfance, Chloe, qu’elle peut remonter dans le temps. Les deux jeunes filles se trouvent bientôt confrontées au revers sordide d’Arcadia Bay, à mesure qu’elles découvrent la vérité sur la disparition d’une autre étudiante.

Life is strange emprunte le format récent mais de plus en plus populaire du jeu vidéo épisodique. Se comportant comme une série télé, le jeu est découpé en plusieurs épisodes (ici cinq) qui sortent à un intervalle plus ou moins régulier. Life is strange est le premier jeu de ce genre auquel j’ai joué, j’ai donc découvert totalement son principe de choix/conséquences et son découpage si particulier. Ce format accentue l’immersion et l’empathie pour les personnages en nous confrontant à de nombreux choix ayant des conséquences plus ou moins à long terme sur toute l’histoire. Le jeu tente de nous rassurer en nous offrant la possibilité de retourner dans le temps afin de corriger nos erreurs, ou simplement de satisfaire notre curiosité. Pour autant, le pouvoir de Max est limité et des retours en arrière à répétition peuvent rapidement empoisonner l’intérêt premier du jeu.

Life is strange est un jeu profondément centré sur les émotions. L’histoire nous fait découvrir la petite ville côtière d’Arcadia Bay, sorte de Twin Peaks moderne, et son académie d’apprentis photographes. Bien avant d’être un récit fantastique, Life is strange est l’histoire d’un campus américain et son lot d’humiliations, rumeurs et autres luttes sociales. Dans ce portrait, le jeu de DONTNOD n’offre rien d’original, mais il construit ses personnages avec un tel soin que la frontière entre le jeu et une fiction télé se fait extrêmement mince. Très vite mise au centre des mensonges et des histoires de l’école, l’outsider  Max n’a d’autre choix que de tenter de survivre dans ce milieu impitoyable, tout en tentant de reconstruire une ancienne amitié brisée avec son amie d’enfance CholéLa récente disparition d’une étudiante et les nouveaux pouvoirs de Max vont lancer les deux héroïnes dans une enquête de plus en plus dangereuse.

La réalisation du jeu est exemplaire. À la fois simple et poétique, elle se concentre sur les émotions des personnages et n’hésite pas à nous faire vivre des moments intenses et durs. Life is strange parle du passage à l’âge adulte, de l’apparition des conséquences, des choix impossibles qui nous font grandir. Le format et le gameplay du jeu, axé sur les choix et leurs conséquences, épousent ce récit d’une manière admirable.

Chloe et Max

© Square-Enix

Le jeu emprunte de nombreux codes aux séries télé. Chaque épisode évolue crescendo jusqu’à son climax, avant de se terminer par un clip évoquant chacun des personnages avant l’inévitable cliffanger. À ce sujet, la bande-originale accentue encore plus cette ressemblance avec des thèmes folk et pop très connus pour la plupart. Les chansons sont choisies avec soin et les scènes qu’elles illustrent devraient vous rester en tête un long moment. Chacun des cinq épisodes possède son identité propre, ils ne suivent pas tous directement le précédent, les ellipses sont nombreuses (l’histoire couvre environs une semaine), mais le tout forme un tableau cohérent et passionnant. En soi, la narration de Life is strange n’a rien à envier aux productions télévisuelles habituelles. Et ce, même si le scénario tend parfois à nous faire lever les yeux au ciel.

Les voyages dans le temps ont souvent été fantasmés de nombreuses façons. L’œuvre se rapprochant le plus de Life is strange serait le film L’effet papillon  de Eric Bress et Mackye Gruber (2004). Le film se découpait en trois temps : la découverte du pouvoir et ses premières utilisations, l’apparition de conséquences de plus en plus difficiles à résoudre puis la résolution finale par le sacrifice de la relation amoureuse du héros. Pour accentuer la comparaison, le film traitait également des problèmes d’intégration dans les campus américains, du passage à l’âge adulte et de la découverte des responsabilités. L’histoire de Life is strange n’a rien de véritablement nouveau, sa seule originalité étant son format de jeu vidéo et sa narration évolutive basée sur les choix du joueur. On en viendrait presque à se demander si l’œuvre aurait un véritable intérêt en dehors de l’interactivité qu’elle propose au joueur.

Visions

© Square-Enix

Si vous me suivez jusqu’à maintenant, vous savez évidemment que oui. Life is strange dépasse totalement sa dimension fantastique par la force et la profondeur de ses personnages. Être responsable de la vie ou de la mort d’un des protagonistes par ses propres choix ne serait rien si l’empathie n’était pas présente. L’interactivité et l’implication du joueur ne seraient qu’accessoires si le jeu n’était pas aussi fouillé et si les émotions qu’il procure n’étaient pas aussi puissantes. Le mystère autour de l’enquête est de plus en plus fascinant et les pouvoirs de Max apportent une véritable plus-value autant dans les passages dramatiques que ceux thriller-esques. Les retournements de situation sont nombreux et le joueur est vite amené à se fantasmer sauveur des bouc-émissaires de cette université corrompue. La menace constante des visions apocalyptiques de Max s’intensifient au fur et à mesure jusqu’à l’épisode final : véritable raz-de-marée émotionnel.

Le jeu n’est pas exempt de défauts, mais ils sont peu nombreux. J’ai senti un trop gros effet de remplissage dans la séquence du cauchemar, légèrement mieux dosée elle aurait tout aussi bien servi l’histoire. De même, l’aventure est ponctuée de choix importants qui changent totalement la perception des personnages à notre égard ou le déroulement de certains passages, pour au final n’avoir (presque) aucune influence sur l’épilogue du jeu. On ne peut que se sentir un peu démunis face au choix final conduisant aux deux seules fins du jeu et destituant tous nos autres choix de leur importance première. Fort heureusement, la qualité de l’ensemble et le soin apporté nous font rapidement oublier ces quelques erreurs de parcours, finalement minimes face à l’expérience qu’est Life is strange.

Ce n’est pas par hasard que j’ai choisi Life is strange pour ouvrir mon blog aux jeux vidéo. Bien plus qu’une simple série interactive, c’est une aventure émotionnelle dont on ne ressort pas indemne. Certaines scènes nous poursuivent bien après avoir éteint la console et il est difficile de ne pas s’incliner devant un tel bijou de narration. Fourmillant de références geek et cinématographiques, je pense que même les non-initiés trouveront leur compte dans cette déclaration d’amour aux adolescents et aux marginaux. Life is strange signe une des plus belles représentation de cet âge si particulier de la vie.

Note : 4,5/5