Je ne suis pas facilement attiré par les premiers films. De même, je ne suis normalement pas attiré par le mouvement indé autour de Ryan GoslingOnly God Forgives m’a ennuyé comme jamais un film m’avait ennuyé, je n’ai pas vu Drive et, très honnêtement, j’ai eu du mal à donner du crédit au projet de film de Gosling. Seulement voila, la promo autour du film a commencé, les affiches et visuels ont rapidement capté mon œil, et me voila invité par le boulot à la projection de presse de Lost River. Film hué lors du festival de Cannes (littéralement hué), c’était avec beaucoup d’appréhension que je me suis plongé dans le conte macabre de Gosling.

Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

On retrouve très rapidement la patte du chef opérateur de Only God Forgives et de Springbreakers : le fluo, la nuit stylisée par le feu et les néons, les plans du film sont extrêmement soignés, peut-être trop. On peine à croire en l’univers peint devant nous jusqu’à vouloir noter une palette de couleurs correspondant à chaque situation. Malgré tout, le travail des lumières et de la construction des plans est remarquable, je n’ai cessé de m’émerveiller devant les nombreuses images d’habitations délabrées.

Lost River est une histoire de fantômes. Ses personnages semblent être des résidus d’une vie autrefois belle et douce, ce sont des entités désespérément piégées entre les murs de leur ville, hantant les moindres recoins à la recherche d’une issue. L’issue n’est autre que la décision de quitter la ville, issue bloquée par une voiture en panne, des dettes, une maison de famille, un deuil. Lost River est une ville irréelle, régie par un fou, Bully, qui terrorise les pauvres âmes errantes. Le seul refuge des adultes se trouve dans les bas-fonds, un club aux spectacles macabres dirigé par le grand méchant loup : Dave, le banquier de la mère de famille. Le refuge des adolescents est dans une légende, celle de la malédiction d’une ville engloutie dans un lac artificiel, l’espoir d’une issue.

C’est alors que mes exigences en terme de narration viennent frustrer ma sensibilité. Lost River est en dehors du réalisme, mais pas tout à fait dans l’onirique. C’est cette dualité, visiblement assumée par l’auteur, qui m’a laissé sur ma faim. Lost River est un film aussi audacieux que frileux, son principal manque à mon sens étant la modestie. Des plans magnifiques ne servent qu’à la mise en scène de fantômes alors que les quelques passages splendides (notamment celui du coffre au sous-sol du club) montrent un réel potentiel de mise en scène à l’échelle des personnages.

Lost River est un bon exemple de premier film. Énormément d’idées sont à l’œuvre, mais restent étriquées dans une idée précise de mise en scène. Il n’en reste pas moins un des bons films de cette première moitié de 2015, un film que je retiendrai et un réalisateur tout neuf qui mérite d’être suivi pour voir ce qu’il réussira à amener lorsque ses influences auront fait jaillir son propre univers qui s’annonce magnifique et macabre.

Lost River sortira en salles le 8 avril.

Note : 3,5/5