J’ai récemment cédé aux louanges de mon entourage et regardé mon premier film de Xavier Dolan Mommy. Je ne suis habituellement pas tenté par les films d’auteurs à la mode, probablement dans un esprit de contradiction et une méfiance de l’effet Télérama aime. Toutefois, cette séance de rattrapage a été beaucoup plus surprenante que prévue. Après avoir lancé le film d’un œil, je terminai par laisser tomber toute activité annexe, focalisé par la vie de ces trois protagonistes, perdant toute notion du temps.

Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Sujet battu et débattu, l’ouverture du film choque par son format carré (grossièrement re-cadré en 4/3 en BluRay). Les avis sur le sujet sont mitigés, le format est vu tantôt comme un choix prétentieux, tantôt comme une esthétique assumée. Mon opinion personnelle vient du ressenti procuré par ce cadre, celui d’une mise en scène intimiste, au plus près des personnages. Ce cadre serré nous focalise sur eux et non sur le décor, rendant alors la mise en scène non pas prétentieuse, mais juste. Il respire de l’authentique, du respect et de l’humilité de ce choix de cadrage, bien plus que du simple exercice de style.

On ne peut toutefois pas exclure l’esthétisation de la mise en scène. Les images sont belles, les couleurs éclatantes et certaines images presque métaphoriques. Il arrive parfois de regarder une scène du film avec une impression de déjà-vu, mais cette impression est aussitôt balayée par la narration, réellement au centre du film. La mise en scène de Mommy n’en fait jamais trop, elle est réellement au service de la narration sans sur-enchérir dans l’émotion ou la dramatique. Cela n’enlève rien aux immenses envolées émotionnelles du film, mais qui sont presque entièrement portées par les comédiens plutôt que la mise en scène.

Mommy se compose de trois personnages brisés, la formation de leur trio est la fondation de tout le film. C’est sur cette inter-dépendance que se joue la dramatique du film, l’empathie également de par leurs personnalités fouillées, complexes et universelles. On perd pied, on espère, on vit avec eux au cours de ces deux heures de film, sans jamais les quitter. Les acteurs sont filmés avec amour et respect, leur beauté éclate à l’écran. Les personnages ne sont jamais jugés dans leurs actions, la caméra continue de les suivre et de les aimer. Cette échelle de plan, ce cadre, ce ne sont pas ces choix de réalisateur illuminé, c’est une invitation à vivre au plus près de ce trio, à s’envoler ou sombrer avec eux dans le film. La principale force de Mommy est de nous faire oublier toutes les mécaniques du film pour nous faire marcher, côte à côte avec les personnages, dans une immersion totale.

C’est le seul film de Dolan que j’ai vu jusqu’à présent, dans mon entourage résonnent les qualificatifs « égocentrique », « prétentieux », « œdipe insupportable », et j’en passe. Ce que j’ai vu dans Mommy, c’est un film d’une justesse remarquable, au metteur en scène discret et proche de ses acteurs, une histoire universelle mise parfaitement à l’échelle de ses protagonistes, sans sur-jeu, sans excentricité d’auteur. Mommy est un film que je regrette de ne pas avoir vu au cinéma, que je regrette de ne découvrir que maintenant, tant la publicité qu’on m’en a faite est à des lieues de ce que j’ai ressenti devant mon écran.

Note : 5/5