Pour son premier film en compétition, le PIFFF a choisi un film indépendant : financé par des internautes, filmé à l’arrache, produit et monté par son seul réalisateur Jaron Henrie-McCreaCurtain est un premier film étonnant. Ce genre de petit film indépendant n’a rien à envier aux plus grands. Après tout, ne serait-ce pas le propre du film de genre que de lutter pour sa survie au milieu de longs-métrages grands-public ? Pour cette première projection « en condition », je découvre la salle 2 du Grand Rex et son ciel d’étoiles, ses habitués chaleureux et son groupe visiblement soudé d’accrédités presse. N’attendant pas grand chose de ce premier film en compétition, ma surprise n’en fut que plus grande.

Fatiguée de son rythme de vie, une jeune femme tente de repartir à zéro et emménage dans un nouvel appartement dont la salle de bain recèle un monstrueux secret : un rideau de douche qui ouvre sur une dimension parallèle…

Curtain n’est pas tout à fait un « petit film ». Le retour aux sources opéré grâce à son côté brut, ses effets un peu cheap, son casting à gueule et son pitch simpliste cachent une vraie audace de sortir ce film aujourd’hui, alors que les standards et les attentes ont profondément changé. Que l’on s’entende bien, le film est bon. Le sentiment de nostalgie des années 80 qu’il impose ne tombe jamais dans la parodie, ni dans le « c’était mieux avant ». Non, Curtain, est un film de 2015 et ne peut être traité qu’en tant que tel. Il est simple, brut, parfois drôle et il m’a fasciné tout du long par son décalage. Sa bande-originale est incroyable, et le décalage avec l’action m’a rappelé le décalage opéré par le même procédé dans la série Utopia de Channel 4. Une touche d’horreur et un peu d’absurde, voilà ce que j’avais envie de voir.

Au lieu de s’en tenir à son pitch, Curtain se pose beaucoup sur sa narration. Du mystère initial (un rideau de douche qui disparaît chaque nuit), le film construit, peu à peu, une vraie mythologie autour de cette salle de bain. Avec son lot de règles, découvertes au fur et à mesure, de personnages étranges, de Porte, de Gardien et de Voyageurs, tout se construit au fil du film pour au final apporter un vrai concept digne des meilleures sagas d’horreur. Une suite n’aura probablement jamais lieu, mais je me plais à croire que si le film était sorti il y a 30 ans, il aurait engendré une de ces sagas mythiques que l’on adore regarder de temps à autre, entre fans.

Curtain

© Jash Pictures

Loin d’être un spécialiste du cinéma de genre, je ne peux « catégoriser » CurtainEst-il angoissant ? Pas vraiment. À vrai dire on sourit la plupart de temps, devant un retournement absurde (oh shit, le rideau est revenu !) ou un effet visuel un peu crade. On rit parfois, face au duo de protagoniste improbable et leurs réactions incroyables. Si je devais faire un reproche au film, je parlerais du seul et unique sursaut qu’il provoque. Un peu facile, gratuit, comme s’il faisait partie du cahier des charges du film (oui, je n’aime pas sursauter). Je parlerais aussi du twist final. En tant que spectateur, on le devine et ce n’est au départ pas gênant. Ce qui pose problème c’est qu’il est révélé sans doute deux minutes trop tard, il laisse alors un goût de « Oui ok, on avait compris ». Un problème de timing sans doute minime, mais qui a le désavantage d’être à la fin du film.

Pour un premier film et le premier film en compétition, Curtain frappe fort où on ne l’attend pas. Vendu comme « le film indé du festival », je m’attends quand même à le voir bien placé dans le palmarès (selon la qualité des autres films en compétition). La nostalgie et la jubilation qu’il procure est un vrai atout face à des films plus premier degré et peut-être moins bons. Réponse à la fin de la semaine, en attendant je prépare ma deuxième journée de festival avec impatience.

Note : 4/5