Dans un soucis de maintenir une régularité inexistante, je me suis récemment forcé à aller au cinéma, malgré des sorties peu excitantes en ce moment. D’affiches en bandes-annonce, mon choix s’est porté sur Queen of Earth, le nouveau film d’Alex Ross Perry dont je ne connais évidemment pas la filmographie. L’enjeu est simple et déjà vu : une plongée dans la déconstruction d’une jeune femme dans la dépression, décor unique et isolé avec une amie comme seule témoin. Je ne peux pas m’empêcher de comparer ce film à Magic Magic de Sebastian Silva – qui faisait partie de mon top 10 de l’année 2013 – mais je vais néanmoins tenter de garder une certaine objectivité malgré la comparaison.

Catherine traverse une mauvaise passe. Son amie d’enfance, Virginia, l’emmène dans la maison de campagne de ses parents, nichée au bord d’un lac. Le lieu semble idéal pour se ressourcer, mais l’état de Catherine se dégrade et ne tarde pas à prendre une tournure inquiétante.

Le film s’ouvre sur la chute du personnage principal, admirablement joué par Elisabeth Moss, filmée de face lors de la rupture à l’origine du trouble du long métrage. L’homme n’a pas le droit à la parole, ni à un contre-champs, relayé à la simple place d’un élément déclencheur, seule subsiste la tirade déchirante de Catherine. Contrairement à d’autres films traitant du même sujet, Queen of Earth ne témoigne pas réellement d’une descente dans différents niveaux de dépression. Le mal-être est le même du début à la fin du film, et l’on comprend rapidement qu’il était présent bien avant.

Queen of Earth est avant tout l’histoire d’une amitié problématique entre Catherine et Virginia. Cette relation pose problème tout au long du film, rien ne semble fonctionner dans ce mélange de compassion, d’envie, de jalousie et de paranoïa. Ce film est avant tout leur histoire, parasitée tout du long par des intrusions d’un, puis de plusieurs autres personnages. Ces intrusions entraînent un malaise de plus en plus présent : les deux femmes ne semblent pas se supporter, pourtant Catherine tente désespérément de se rapprocher de Virginia malgré cette mésentente. Le paradoxe est dans la toxicité de cette relation et la remise en cause de tout le propos du film.

Le film prend le point de vue de Catherine et c’est par ce point de vue que le paradoxe peut exister. Le personnage est instable, lunatique, dangereux. La scène du portrait révèle la haine et la défiance de la jeune femme face à son amie. C’est alors que le problème du film peut offrir une tournure masochiste et suicidaire. Ce retour à la campagne n’est que la réponse à un besoin d’exister et de faire exister la dépression dans les yeux des heureux. La contamination ne vient pas des autres, mais d’une Catherine empoisonnant jusqu’au décor de son mal-être et de sa haine de l’autre.

Queen of Earth est le portrait d’une femme incomplète, qui se définissait entièrement par un couple qui a disparu. Alex Ross Perry signe un manifeste de la dépression, lorsque la victime devient son propre bourreau, une vipère martyr qui se plante ses propres crocs avant de répandre son venin parmi les témoins de sa chute. C’est un film modeste par sa mise en scène où le temps suspendu n’a d’ennemi qu’une salade qui s’assèche. Ses nombreux paradoxes ne sont qu’autant de venins semblant parasiter le visionnage, mais offrant quelque chose de nouveau et d’obsédant dans ce sujet déjà tant porté à l’écran.

Note : 3,5/5