Après avoir raté les trois dernières sorties de Quentin Dupieux, j’ai enfin réussi à aller voir un deuxième film du bien nommé Mr. Oizo : Réalité. Ma seule expérience du réalisateur était Steak et, bien entendu, toute sa discographie (étant un assez grand fan de ses bricolages musicaux). C’est avec beaucoup d’attentes que je me suis immergé dans l’univers barré et fascinant de Quentin Dupieux.

Réalité est un film aux multiples arcs narratifs se croisant et formant une boucle des plus déroutantes. L’arc « principal » est celui de Jason (joué par Alain Chabat), cadreur d’une émission culinaire, qui rêve de tourner son film d’horreur. Il se lance alors dans la quête du cri parfait afin de réussir à signer avec son producteur.

Très vite, on se rend compte que l’histoire n’est que le prétexte d’une construction centrée sur l’absurde et sur ses nombreux personnages. D’une simple mise en abime, Réalité va nous plonger dans une succession de rêves imbriqués et partagés entre les personnages, pour finir par totalement nous faire perdre pied. Le film comporte un point de passage, un moment que je n’arrive pas à situer exactement, mais à partir de ce point on abandonne simplement la recherche de la « vraie réalité ». C’est à ce moment que la magie opère, quand le film nous fait comprendre qu’il ne faut pas comprendre, et où tout devient subitement d’une poésie éclatante.

La naïveté et la sympathie du personnage joué par Alain Chabat nous ramène presque à une fable ou un conte. Chaque séquence est un bond dans l’univers du rêve, mais du rêve crédible, du rêve concret. L’apparition cyclique d’un passage de Music with changing parts de Philip Glass relie les séquences et créé une vraie poésie de cette structure en apparence foutraque et décousue.

Réalité n’est pas un film à prendre au sérieux, mais ce n’est pas non plus une comédie bordélique à la Steak. C’est une vraie démonstration de la magie du cinéma, de la manière dont les mécaniques du montage viennent créer une vraie poésie à partir de l’absurde. C’est le film d’un réalisateur bien plus mature qu’aux heures de Steak, une sorte de porte-étendard de l’absurde où la seule question qui reste sur nos lèvres est : « Mais pourquoi ce costume de rat ? ».

Note : 4,5/5