Sans pression aucune, je me lance dans un article sur Sense8, nouvelle série de Lana et Andy Wachowski produite par Netflix (c’est décidément un fil conducteur dans mes publications) et sortie le 5 juin partout, pour tous, tout le temps. Je sens dès à présent que je vais avoir autant de mal à écrire cet article que j’en ai eu pour The Leftovers, je vous vois déjà vous remuer sur vos chaises en vous demandant si je ne vais pas encore en faire des tonnes, être brouillon et oublier l’essentiel. Autant vous rassurer tout de suite : c’est fort probable. Vu ma difficulté à pitcher la série, tournons nous vers notre ami Wikipédia (ça commence bien).

Huit individus éparpillés aux quatre coins du monde sont connectés par une soudaine et violente vision. Ils partagent désormais des expériences intellectuelles, émotionnelles et sensorielles communes et se retrouvent capables d’intervenir dans leurs réalités respectives. Ils ne sont pas les seuls à disposer de ces capacités et sont recherchés par une organisation aux desseins obscurs.

Pour tout vous dire, cet article est dans mes brouillons depuis plusieurs semaines. Le problème avec moi est souvent le même : comment résumer une œuvre qui m’a autant touché sans tomber dans l’article adorateur et entièrement subjectif ? Pour ce faire, je me suis posé une question simple :

Peut-on, réellement, considérer Sense8 comme une série ?

Par série, j’entends une œuvre télévisuelle dont la narration est à la fois réduite à l’unité d’épisode et comprise dans la globalité d’une saison. Ma réponse est simple : Sense8, selon moi, n’est absolument pas une série. Il est difficile, voire presque impossible, de considérer les épisodes indépendamment des autres car la structure de la narration va bien au delà. Plus encore, je pense qu’il faut considérer la saison entière comme une seule et même unité de récit : une œuvre cinématographique d’une durée magistrale et dont les ramifications dépassent le découpage de ses épisodes. Certains d’entre-vous doivent commencer à se dire que ça leur fait une belle jambe, et ils auront sans doute raison. Je me devais de faire ce point car il résume ma difficulté à écrire sur cette œuvre hybride et tordue qu’est Sense8.

Mais parlons-en plus clairement à présent. Sense8 utilise les codes habituels d’une multitude de storylines plus ou moins reliées à un fil rouge commun. C’est en tout cas ce que les premiers moments de l’œuvre pourraient nous faire croire. On peut même commencer rapidement à pester sur l’histoire d’un personnage qui semble inintéressante et qui ne fait pas avancer le tout (si, si, on peste). C’est là que Sense8 nous prend à revers de par son concept. Les personnages étant tous dotés d’une connexion dès le début du premier épisode, la distinction entre une storyline individuelle et la storyline commune n’existe plus. La saison entière n’est en fait qu’une seule histoire à huit voix, et même si cela n’est pas forcément frappant durant les premières minutes, tout devient de plus en plus évident au fil du temps. C’est à ce moment que Sense8 détruit les comparaisons avec une série chorale internationale comme Heroes pour devenir… un ovni télévisuel à grande échelle.

Et l’échelle est immense : casting international, tournage autour du monde, équipes et acteurs provenant de chaque lieu de prise de vue, la production même de la série est presque du jamais vu, et cela se voit à l’écran. Les lieux sont splendides, dépaysants à chaque instant, authentiques. Sense8 est très loin de l’étiquette science-fiction que tentent de lui donner certains magazines. Non, Sense8 est un subtil mélange entre un respect du réalisme et de l’émotion pure. Il est difficile de transmettre au spectateur un quart de ce que les personnages sont censés ressentir, la série y arrive pourtant sans superflu ni grand artifice. Pas de montage hasardeux, d’effets spéciaux montrant une activité psychique, rien. Juste une rencontre, entre huit personnes qui se mettent à partager plus qu’une même vie.

© Netflix

© Netflix

Il n’y a rien de plus beau dans Sense8 que les scènes de dialogue. Lorsque deux personnages, à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, se mettent à discuter naturellement et presque sans surprise. La sobriété de la mise en scène de ces passages renforce l’immersion et cette impression que tout est normal. Il y a comme une naïveté magique dans ces dialogues, une force émotionnelle qui pourrait résumer toute la série. Il est dit, au cours de la saison, qu’il n’y a pas de forme plus pure d’amour que celui entre deux sensitifs. Quelle belle métaphore que de voir deux personnes tombant amoureux l’un de l’autre en partageant absolument toutes leurs pensées. Tout cela, sans jamais tomber dans un romantisme ronflant.

L’autre force de Sense8, c’est de traiter un nombre de sujets hallucinant avec une justesse presque militante. La mafia, le mariage arrangé, l’homosexualité, la transsexualité, l’amour, le sexe, tout est traité avec un respect incroyable et trop rarement vu à la télévision. Sense8 est ce genre d’œuvre « complète », ces séries et ces films ne se fixant jamais sur un seul thème, mais une multitude de sujets et de genres. Toujours avec ce soucis d’authenticité dont j’ai parlé plus tôt, la série nous pousse dans des milieux, des cultures, des envies et des frustrations sans jamais sembler stéréotypée ou maladroite.

Il m’est réellement difficile de résumer la série des Wachowskis en un article. La vérité est que je pourrais en parler pendant des heures, détailler chaque aspect et tenir un monologue passionné sur ce que cette saison m’a fait ressentir. La seule ombre au tableau pourrait être l’apparition de l’antagoniste principal de l’œuvre, détournant l’attention, l’espace d’un instant, de l’expérience sensorielle de ce récit ovni. La saison 2 sera le moment de vérité, lorsque cette série-concept confirmera ou non sa capacité à s’étendre bien au delà de l’unité de saison. Je serai, bien évidemment, au rendez-vous.

Note : 5/5