Dans une tentative désespérée de bonnes résolutions culturelles, je me suis engagé à retrouver chaque semaine la chaleur des salles obscures. Spoiler alert : j’ai raté dès la deuxième semaine de janvier. Mais je relativise, une année est longue après tout, et je réussirai peut-être à rattraper ces actes manqués. The Beast est le film que j’ai choisi pour débuter l’année. Apparu à la programmation de mon cinéma, je n’en avais honnêtement jamais entendu parler. La rencontre fut plus douloureuse que prévue, le film de Hans Herbots n’est pas à mettre entre toutes les mains par la dureté de son histoire et de ses images. Ne sachant absolument rien du scénario avant d’entrer en salle, vous pouvez facilement m’imaginer recevoir l’intrigue de ce thriller pédophile en plein visage, sans aucune préparation. Maintenant que le ton est donné, commençons.

Flic brillant, Nick Cafmeyer est hanté par un lourd secret : la disparition jamais élucidée de son jeune frère. Un jour sa supérieure décide de lui confier une affaire similaire. Nick se plonge alors corps et âme dans l’enquête. S’ensuit une véritable chasse à l’homme. Pour que justice soit faite, Nick est prêt à tout…

Passons sur le synopsis de départ, sans grand intérêt, pour entrer dans le vif du sujet. L’histoire débute par la découverte d’une famille séquestrée durant trois jours à leur domicile. La chasse débute par la recherche du fils disparu, enlevé par le ravisseur. On fait alors la rencontre avec le protagoniste, Nick, visiblement directement touché par l’affaire depuis la disparition de son frère. The Beast évoque directement le mythe du croque-mitaines (ici appelé le troll). On rencontre le mythe à plusieurs moments, notamment dans la bouche d’enfants visiblement observés par le troll. Parfois aussi appelé le mordeur, le film réussi à construire l’image du monstre au fur et à mesure de son avancée à tel point qu’on ne peut que l’imaginer comme tel. La force du film se situe là, dans le dérèglement et l’annulation totale de l’humanité du ravisseur. Dans les mentions et la présence constante de fluides corporels, urine, excréments, hormones, sperme, sang, le film dérègle les corps et avilie toute notion d’humanité (que ce soit du côté du monstre comme de celui des personnes qu’il séquestre).

Cette disparition de l’humanité transforme peu à peu le malaise en vertige. Comment accepter le thriller lorsque tout repère nous est enlevé ? Au fil du film, les preuves s’accumulent, et plus le schéma se précise, plus le vertige est grand. La frontière entre le thriller et le film d’horreur est parfois mince, The Beast le prouve en nous plongeant dans ce qu’il y a de plus sombre. Pour autant, il ne souffre pas d’une impression de sur-enchère lors du visionnage. J’émets des réserves à ce sujet, ayant eu l’impression d’en avoir vu trop quelques jours après la séance. Mon impression au moment du film était d’un certain « équilibre » de l’horreur, certes difficile à regarder, mais pas plus qu’un torture porn en comparaison.

© KMBO

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Je suis connu pour avoir beaucoup trop d’empathie dans tout ce que je vois, je suis néanmoins assez « protégé » pour ce qui est de l’utilisation d’enfants pour accentuer l’horreur d’une scène. Alors qu’une ou deux personnes sont sorties de la salle durant la projection, je me suis posé la question de ma présence en salle. Pourquoi continuer à regarder un film au scénario si tordu, amoral et inhumain ? Le film m’a capté par ses images, de la première à la dernière. Derrière les codes classiques du thriller se cachent une mise en scène soignée et un traitement de l’image incroyablement propre. Les acteurs sont extrêmement bien mis en avant et la mise en scène sobre et discrète s’autorise même parfois quelques plans magnifiques (la chasse en forêt du début du film par exemple). The Beast est tout simplement un film beau et bien filmé, il est joué honorablement (malgré l’acteur principal un peu faiblard par moments) et sa narration est admirablement bien structurée (malgré quelques incohérences et frustrations, il faut le souligner).

Je ne le répéterais jamais assez, The Beast n’est pas un film à mettre entre toutes les mains. Bien que tout le monde ne soit pas forcément choqué devant un objet filmique, il n’en est pas moins très difficile à regarder par moments, ce qui explique sans doute sa visibilité réduite en salles lors de sa sortie. Il n’en reste pas moins un bon thriller, bien filmé et plutôt bien écrit si on pardonne quelques raccourcis et incohérences. Une joyeuse plongée dans un esprit malade et déficient à coups de réseaux pédophiles et de dérèglements corporels, avec un twist aux 3/4 du film qui dépasse toute humanité, une promenade de santé pour les cinéphiles aguerris que vous êtes.

Note : 3,5/5